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Décès d'Henri Fabre, membre fondateur du Planning Isérois

Le Planning Familial a appris le décès le 23 janv.2012 d'Henri Fabre. Médecin, il fut l'un des fondateurs du Mouvement Français pour le Planning Familial dont le premier centre fut créé à Grenoble à son initiative.

17/03/2012
Décès d'Henri Fabre, membre fondateur du Planning Isérois

Engagé au plan politique, comme dans sa pratique de gynécologue accoucheur, il fut l’un des acteurs importants des luttes pour le droit à la contraception tant au niveau national que dans notre département, avant même le vote de la loi Neuwirth en 1967. Rappelons que ce fut la grande révolution du 20° siècle pour les femmes et pour l’ensemble de la société. Les militants et militantes du Planning Isérois doivent beaucoup au Dr. Henri Fabre pour ce combat mené contre vents et marées.

L’histoire du « Planning » commence à Paris avec la création de « la Maternité heureuse » par le Dr Marie André Lagroua Weill Hallé, le 8 Mars 1956.Son objectif : abroger la loi de 1920 qui punissait d’emprisonnement et d’amende toute information et pratique en matière de contraception et d’avortement.

A Grenoble, le Dr Henri Fabre, très sensibilisé, par sa pratique médicale, aux drames provoqués par les avortements clandestins, crée, avec son ami  philosophe Georges Pascal, une section locale de cette association nationale. L’équipe grenobloise, plus radicale, plus politique que celle de Paris, veut permettre l’information, mais aussi un accès à la contraception pour tous et toutes. Après avoir étudié avec Maitre Eynard, avocat à la cour de Grenoble, la loi de 1920 qui n’interdisait que la propagande anti conceptionnelle et non l’usage des contraceptifs, le Dr Henri Fabre et son équipe inaugurent le 10 Juin 1961, à Grenoble, le premier centre du Planning ouvert en France. La plupart des personnalités politiques invitées ne se déplacent pas,  craignant peut être quelque effet négatif pour leur avenir politique. Cette attitude contraste avec le succès immédiat du centre, connu dans toute la France, bien qu’il ne soit pas si facile de se rendre au Planning Familial dans le contexte social et politique de l’époque, de parler de soi et de la sexualité. Mais l’information ne peut se passer de produits contraceptifs alors interdits en France et les militants grenoblois organisent des envois postaux depuis l'Angleterre et des passages en fraude, depuis la Suisse avec des moyens variés (roues de voitures par exemple).

Lors du 50 anniversaire du Planning Familial, en 2006, le Dr Henri Fabre, absent de Grenoble, a envoyé un message où il évoquait avec émotion cette période mouvementée (saisies des contraceptifs par les douanes) où l'on fabriquait, à Grenoble, la crème spermicide Alpagel, mise au point par Jean Comérot, chimiste et militant, dont le conditionnement mobilisait nombre de personnes, y compris sa propre mère.

Le Planning Familial a rencontré, dès sa création, une forte opposition de la part de l’Ordre des Médecins, de l’Eglise Catholique et aussi du Parti Communiste (du moins dans les débuts), pour qui « la classe ouvrière » devait pouvoir avoir autant d’enfants qu’elle le désirait. Mais le Planning avait aussi des soutiens, à gauche, du côté des protestants et des militants laïques, et à partir de 1965, à Grenoble, de la part de la municipalité dirigée par
Hubert Dubedout. Dans le combat contre l’ignorance, les tabous, le pouvoir médical et les autorités religieuses le plus souvent masculines, le Dr Henri Fabre et le Planning Familial ont gagné, même si les décrets d'application de la loi Neuwirth ont été différés jusqu’en 1973. En 1981, le Président du Conseil National de l’Ordre des Médecins adresse une lettre au Dr Henri Fabre où il est dit : « Nos réticences sur la contraception, je vous le concède, étaient une erreur que nous admettons ».

Aujourd’hui, la liberté d'avoir « un enfant, si je veux, quand je veux » semble acquise, quoique... Chaque génération doit en effet prendre sa part pour veiller à ce que cette liberté qui est une des clés de l'égalité entre les femmes et les hommes puisse se vivre pour toutes et tous. C'était le souhait de Henri Fabre à qui nous rendons hommage aujourd’hui